Pour les industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche, l’enjeu est de passer progressivement d’une logique de volumes à une logique de valeur. Voici les points essentiels du décryptage que la FENIP propose à ses membres.
Un cadre transversal, pas une stratégie de plus
La SANEB ne se substitue pas aux stratégies sectorielles. Elle fixe des orientations communes, renforce la coordination entre secteurs et territoires, arbitre les conflits d’usage et oriente les investissements. Son approche est systémique : l’économie bleue est vue comme un ensemble de filières interdépendantes, qui partagent infrastructures, territoires, ressources et compétences.
Les travaux sont pilotés par le Ministère de l’Économie et des Finances, dans le cadre du Programme de développement de l’économie bleue appuyé par la Banque mondiale, qui bénéficie d’un financement de 350 millions de dollars. La Commission Interministérielle de Développement de l’Économie Bleue (CIDEB) définit l’intégration de ces orientations dans les politiques et plans sectoriels, et en assure la cohérence et le suivi.
Du volume à la valeur
Dans les travaux présentés lors du Blue Lab, le « bloc halieutique » regroupe la pêche, l’aquaculture, la transformation et la distribution. Le changement de paradigme proposé consiste à ne plus rechercher principalement la croissance par l’augmentation des volumes exploités : l’ambition est de créer davantage de valeur à partir de chaque tonne de ressource disponible.
Cette logique repose notamment sur :
• la gestion durable des stocks et une meilleure allocation de la matière ;
• la transformation et la valorisation des coproduits ;
• la traçabilité, la distribution et la chaîne du froid ;
• la montée en gamme, l’innovation et les biotechnologies ;
• le développement du marché intérieur et des marchés extérieurs.
Pour la FENIP, cette orientation rejoint la nécessité de faire évoluer progressivement le secteur vers une logique de valorisation intégrale, d’innovation et de compétitivité.
Les clusters côtiers, au cœur de la future architecture
Un cluster côtier est un écosystème territorial qui réunit entreprises, administrations, collectivités, institutions de recherche et organismes de formation autour des chaînes de valeur de l’économie bleue. Il vise à identifier les opportunités, structurer des projets communs, mutualiser certaines infrastructures et services, développer l’innovation et améliorer l’accès au financement.
Le programme Banque mondiale prévoit initialement des mécanismes de coordination régionale dans Souss-Massa et Tanger-Tétouan-Al Hoceima, qui constituent la base des futurs clusters. Il envisage aussi un secrétariat régional chargé de coordonner les parties prenantes, de relayer les orientations nationales et de contribuer à la programmation et au financement des projets. À Souss-Massa, une task force, un schéma de gouvernance et l’identification de projets d’investissement sont déjà engagés. À terme, l’ambition est de favoriser des clusters dans les différentes régions côtières du Royaume.
Pour la FENIP, l’industrie de transformation doit y être pleinement représentée et pouvoir contribuer à l’identification des besoins en matière première, infrastructures, froid, énergie, eau, logistique, innovation, recherche, compétences, financement et accès aux marchés.
Vers une nouvelle architecture de financement
L’objectif n’est pas uniquement de créer davantage de subventions, mais de rendre davantage de projets visibles, structurés, bancables et finançables. Les travaux distinguent trois ensembles : les infrastructures structurantes (ports, eau, dessalement, énergie), les filières établies (produits de la mer, transformation, logistique) et l’économie bleue émergente (aquaculture nouvelle, algoculture, biotechnologies, carbone bleu).
Les instruments envisagés diffèrent selon la nature et le risque du projet : financement public pour les infrastructures, crédit bancaire pour la modernisation des filières établies, capital-risque pour les activités émergentes, ainsi que garanties, mécanismes de première perte, financement mixte et partenariats public-privé.
L’idée d’une banque de projets est aussi présentée : identifier en amont des projets alignés sur les priorités de l’économie bleue, puis les faire progresser du portefeuille (études et structuration encore nécessaires) vers l’investissement (maturité suffisante pour mobiliser un instrument adapté). Parmi les pistes figure également un Fonds à Impact Bleu, qui pourrait intervenir auprès des TPME, des projets structurants et de l’innovation, avec un déploiement progressif à partir de projets pilotes.
La taxonomie bleue pour sélectionner les projets
Le dispositif présenté prévoit une sélection des projets fondée sur plusieurs filtres. Le premier est une future taxonomie bleue, qui déterminerait quelles activités sont compatibles avec l’économie bleue, selon trois catégories : vert (éligible, aux meilleurs standards environnementaux), ambre (éligible sous conditions, avec une trajectoire de transition définie) et rouge (exclue). Un projet de modernisation industrielle pourrait ainsi être éligible parce qu’il améliore sa performance environnementale ou son utilisation des ressources.
Les autres critères de sélection restent à valider officiellement. Ces mécanismes sont, à ce stade, des propositions soumises à arbitrage dans le cadre de la finalisation de la stratégie.
Les sept priorités que la FENIP souhaite porter
Dans le cadre des prochaines étapes, la FENIP souhaite défendre les orientations suivantes :
1. Maximiser la valeur créée par la ressource halieutique, en passant d’une logique de volume à une logique de valeur par tonne, de transformation, d’innovation, de valorisation intégrale et de nouveaux marchés.
2. Traiter les déséquilibres de l’existant, en analysant les inadéquations entre ressource disponible, capacité de capture, capacité de transformation, localisation industrielle, logistique et débouchés.
3. Donner toute sa place à l’industrie dans les clusters côtiers, en l’associant à l’identification des projets, infrastructures et services mutualisés.
4. Construire une véritable capacité d’innovation : R&D appliquée, biotechnologies, protéines et ingrédients marins, économie circulaire, digitalisation et décarbonation.
5. Faciliter l’accès aux futurs financements bleus, en accompagnant les membres dans l’identification des projets éligibles, la compréhension de la taxonomie et la structuration de projets bancables.
6. Demander la création d’un crédit maritime dédié au financement du secteur halieutique, dont le dispositif prévoirait aussi le financement des exportations afin d’accompagner les entreprises dans l’accès aux marchés extérieurs.
7. Rappeler la nécessité de soutiens publics à la hauteur des enjeux : le secteur de la pêche n’a pas bénéficié de subventions comparables à celles dont a bénéficié l’agriculture. Ces subventions demeurent nécessaires pour stimuler son développement et accompagner sa transition vers la création de valeur, en complément des instruments de financement envisagés.
Ces priorités s’accompagnent d’un chantier de développement des capacités qui, pour la FENIP, doit aller au-delà de la formation classique : capacités industrielles, technologiques, managériales, commerciales, scientifiques, numériques, de R&D et de structuration de projets.
Ce que cela peut changer pour les membres de la FENIP
À terme, la mise en œuvre de la stratégie pourrait ouvrir de nouvelles opportunités dans les domaines suivants :
• modernisation industrielle ;
• efficacité énergétique et décarbonation ;
• économie circulaire et valorisation des coproduits ;
• innovation, nouveaux produits et biotechnologies marines ;
• digitalisation et traçabilité ;
• chaîne du froid et logistique ;
• infrastructures mutualisées ;
• R&D et partenariats avec les centres de recherche ;
• financement de projets structurants ;
• accès à de nouveaux marchés.
La FENIP poursuivra sa participation aux travaux de la SANEB afin de défendre les intérêts des industries de transformation et de contribuer à transformer cette stratégie nationale en opportunités concrètes de création de valeur pour ses membres et pour le secteur halieutique marocain.
Avertissement
Cet article est une synthèse à caractère purement informatif, établie par la FENIP à partir de travaux préparatoires en cours (Blue Lab, programme de développement de l’économie bleue appuyé par la Banque mondiale). Il ne constitue ni un document officiel de la SANEB ou d’une autorité publique, ni un avis juridique, financier, fiscal ou d’investissement, ni un engagement de la FENIP.
Plusieurs éléments présentés (taxonomie bleue, critères de sélection, Fonds à Impact Bleu, banque de projets, clusters) sont, à ce stade, des propositions ou des pistes soumises à arbitrage, susceptibles d’évoluer dans le cadre de la finalisation de la stratégie.
Malgré le soin apporté à sa rédaction, des erreurs, omissions ou approximations ne peuvent être exclues. La FENIP ne saurait être tenue responsable des décisions prises sur la base de ces informations. Les lecteurs sont invités à se référer aux sources officielles (Ministère de l’Économie et des Finances, Banque mondiale,etc.) et à vérifier les informations avant toute décision.