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PÊCHE Mohamed Bouayad
"Nous avons une richesse énorme et nous ne savons pas quoi en faire"

Mohamed Bouayad est le vice-président de la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (Fenip). Patron, entre autres, de l'entreprise Marpex, une conserverie de poisson implantée à Agadir, Mohamed Bouayad est le vice-président de la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (Fenip), une organisation sectorielle membre de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Entretien. Jeune Afrique : Le plan Halieutis a été lancé en 2009 pour réformer le secteur de la pêche et en assurer la pérennité. Les résultats sont-ils au rendez-vous ? Mohamed Bouayad : Cette stratégie compte trois composantes : économique, sociale et politique, avec des objectifs clairement définis et des moyens substantiels pour les réaliser. Le plus important reste maintenant de pouvoir compter sur l'adhésion des différentes parties concernées. Les opérateurs, par exemple, très influents dans le sud du pays, peuvent très bien tout bloquer. Il faut également prendre le temps d'expliquer à la population l'intérêt et la logique de certaines réglementations. Et sur ce point, il existe un déficit de communication flagrant de la part des pouvoirs publics. Enfin, il faut mettre en place des mesures d'accompagnement. Difficile en effet de convaincre un pêcheur d'arrêter son activité sans mécanisme de dédommagement, par exemple. La politique mise en place a permis de doter le pays d'infrastructures... C'est vrai qu'aujourd'hui nous disposons de toutes les infrastructures nécessaires pour développer un secteur fort, compétitif et durable. Mais la filière reste très "politique", et les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Il faut mettre un terme à certains privilèges. La demande du marché évolue. Que faut-il faire pour adapter les produits marocains aux nouvelles tendances de consommation ? Sur ce plan, nous accusons un retard structurel. D'où le lancement d'une étude pour moderniser la filière, afin de mieux comprendre les tendances à venir et de pouvoir y répondre. Aujourd'hui, notre premier client est en Europe. Il a des revenus, mais pas de temps pour cuisiner. Comment nous adapter à cette réalité ? Surtout que nous souffrons d'un double handicap, entre l'absence de moyens de production susceptibles de nous positionner sur les produits précuisinés et l'obsolescence de notre arsenal juridique, qui techniquement nous empêche d'exporter. Que voulez-vous dire ? La durée de vie de tels produits est généralement de trois semaines. Or, pour respecter les procédures douanières et administratives, il faut cinq semaines minimum. Ajoutez à cela les délais de transport, et la marchandise arrive forcément périmée chez le consommateur. Ce que nous demandons, c'est l'application de règles identiques à celles de l'Union européenne, avec des contrôles périodiques et un système qui récompense les "bons" producteurs. En Tunisie, il faut deux heures pour exporter. Ce n'est pas un hasard si de plus en plus de Marocains vont s'installer dans ce pays. Comment évolue la concurrence ? Notre position sur le marché mondial est bonne, mais le restera-t-elle encore longtemps ? La menace est réelle. Sur une filière aussi importante que la sardine, nous devons faire face à une concurrence de plus en plus forte des pays d'Amérique latine, qui peuvent s'appuyer sur une main-d'oeuvre plus qualifiée et moins chère que la nôtre. Sur le thon, nous n'avons jamais été compétitifs, notamment face aux Asiatiques. Quant à l'anchois, il est en train de disparaître de nos eaux. La situation est assez préoccupante. Nous devons nous positionner sur des secteurs porteurs comme le transport maritime, la réparation navale, les biotechnologies, l'éolien. Est-ce justement pour mieux affronter le marché que les opérateurs marocains se regroupent ces derniers temps ? En effet, et la tendance se poursuit. Nous assistons à la création de blocs hyperpuissants qui écrasent ceux qui les dérangent, avec le risque à terme de voir apparaître des monopoles sur certaines filières. Le problème n'est pas d'avoir des groupes puissants, mais si c'est pour éliminer les autres, nous courons vers une véritable crise sociale. Les accords de pêche signés avec l'Union européenne vont-ils permettre de tirer le secteur vers le haut ? Ce sont des accords strictement politiques. Nous sommes dans un rapport de forces, et le Maroc lâche ses ressources halieutiques pour conserver le soutien de l'Europe sur la question du Sahara et éviter que l'Espagne ne plaide la cause du Polisario à Bruxelles. Que pensez-vous de la politique maritime du pays ? Nous avons une richesse énorme le long de nos côtes, et nous ne savons pas quoi en faire. Comme le Japon, le Maroc a tout le potentiel nécessaire pour développer une vraie économie de la mer. Mais pour cela, nous devons être capables de nous positionner rapidement sur des secteurs porteurs, comme le transport maritime, la réparation navale, les biotechnologies, l'éolien, etc. Nous devons être imaginatifs. Le Maroc est comme une île ; il a tout à gagner à se tourner vers la mer. L'idée semble commencer à faire son chemin. Le thème du prochain salon Halieutis, en 2015, n'est-il pas : "La mer est l'avenir du Maroc" ?
 

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